HISTOIRES VECUES ETONNANTES

Rencontre avec l’assassin 

NOUS AVONS VÉCU L’ENFER

(Ce qui est arrivé à Ursula Link ne peut se traduire par des mots …)

  

Sa fille subit des abus sexuels, elle est assassinée, puis le cadavre est profané. Si Ursula Link peut aujourd’hui – dix ans plus tard – parler de cet acte, elle le doit à Dieu.

La collégienne Stefanie Link, âgée de 16 ans, fête avec des amies le nouveau millénaire à Fribourg, la ville voisine. Tôt le matin, elles se remettent en route. Mais par erreur, les trois montent dans un mauvais bus. Arrivées au terminus, elles s’engagent à pied sur le chemin du retour. Elles se réjouissent quand une Golf blanche s’arrête et le conducteur leur offre de les emmener. Il leur précise toutefois ne pas aller à Schallstadt. Deux jeunes filles montent dans la voiture – et regagnent leur domicile dans la nuit de la Saint-Sylvestre. Steffi de Schallstadt, poursuit seule son chemin. Soudain, le gentil conducteur est de nouveau là, après avoir ramené les deux amies à la maison. Elle monte en voiture sans se soucier. Deux kilomètres avant le domicile de Steffi, l’homme oblique sur un chemin à travers champs …     Pendant tout le jour de l’an, Ursula Link s’inquiète. Sa fille Steffi n’est jamais restée absente sans prévenir. En vain, la mère l’appelle sur son portable. Elle téléphone à toutes ses amies. Le soir, elle va à la police. Le jour suivant, un cultivateur trouve le cadavre. La police lui apporte la nouvelle du décès. Depuis ce moment-là, rien n’est plus comme avant pour Ursula Link et son autre fille, Nadine. La vie devient insupportable pour toutes les deux. Comme la mère, âgée de 54 ans, élève seule ses filles depuis sa séparation d’avec son mari en 1992, et qu’elle travaille à mi-temps, Steffi s’était occupée de sa sœur Nadine, sa cadette de deux ans. Toutes trois tenaient beaucoup les unes aux autres. C’est pourquoi la perte est d’autant plus douloureuse, et continuer à vivre exige infiniment de force. Ursula Link ne peut plus travailler. Sa fille a des problèmes à l’école, elle devient un outsider. Le fait que le coupable ait déjà été trouvé quelques jours plus tard, ne lui apporte aucune consolation. 

Des cauchemars sans fin

Deux ans après ce tragique incident, Nadine essaye de se tuer. Cette tentative de suicide échoue. Elle passe quelques semaines en psychiatrie pour enfants et adolescents, mais la thérapie du comportement – qu’elle fait conjointement avec sa mère – n’aide guère. Dans la crainte de faire des cauchemars, mère et fille dorment la plupart du temps blotties l’une contre l’autre. Et malgré cela, elles se réveillent souvent baignées de sueur et en proie à la panique.  Ursula et Nadine Link se sentent seules, certes, mais elles ne le sont pas, car des parents amis de Stefanie décédée, s’occupent d’elles.

Ce sont des chrétiens faisant partie d’une église de Pentecôte. Ils les soutiennent en paroles et en actes – dans les choses courantes de la vie et aussi par des entretiens avec elles. Mais Ursula Link est en plus accablée de dettes, n’ayant finalement plus été en mesure de travailler et de gagner son pain. Elle demande de l’argent à ces amis, mais eux-mêmes sont à court.  « Le seul qui puisse encore vous aider dans votre situation, c’est Jésus-Christ », affirment ces amis. Ursula Link et la fille qui lui reste, savent qu’elles n’ont plus rien à perdre. Elles se décident à laisser Jésus prendre les directives de leur vie. C’est le 24 octobre 2002. La prière commence à porter ses fruits. Lentement, toutes les deux vont mieux et le courage de vivre revient. Elles sentent que Jésus-Christ est auprès d’elles. Et Ursula Link fait alors une expérience extraordinaire : elle se met à lire la Bible et peut ensuite, pour la première fois, dormir à nouveau. Le lendemain matin, elle se sent bien au point de vouloir aller travailler. Le jour suivant, elle continue à lire – avec les mêmes conséquences. Elle est finalement en mesure de reprendre son travail dans une entreprise pharmaceutique.

Ursula Link fréquente – tout d’abord avec hésitation – l’église de ses amis. Pour n’être abordée par personne, elle arrive la dernière et s’en va la première. Elle se tient tout à fait à l’arrière dans l’église. Mais comme elle revient toujours, on lui prépare une chaise – un signe visible qu’elle est la bienvenue. Dans l’église pentecôtiste, elle se fait finalement baptiser. Le baptême de sa fille suit un an plus tard.  Toutes les deux n’ont plus besoin de leurs médicaments antidépresseurs. Entre-temps, Nadine s’est rattrapée et a obtenu son brevet. Elle est devenue infirmière. A présent, elle travaille comme infirmière chef dans un service d’hôpital.  

Steffi est-elle auprès de Dieu ?

La lecture de la Bible a pour Ursula Link encore d’autres conséquences. Elle se demande si sa fille que l’on a assassinée, est auprès de Dieu. Dans une vision, elle voit soudain Steffi devant elle. Celle-ci va bien. La maman réalise clairement que seule une personne se trouvant tout près de Dieu peut avoir l’air aussi paisible. Cela la fortifie énormément. Mais plus tard, la question suivante surgit : Steffi était-elle chrétienne, après tout ? D’une manière inattendue, la mère obtient une lumière à ce sujet : en faisant des rangements, elle trouve un petit exemplaire du Nouveau Testament que Steffi, à l’âge de onze ans, avait reçu en cadeau du mouvement missionnaire des Gédéons. A l’intérieur se trouve une prière : « Ma décision d’accepter Jésus-Christ comme mon Sauveur … » – signée par Steffi. Ursula Link est comblée de bonheur : « Jésus m’a montré par cette signature dans la Bible : « Tu vois, tout est bien pour elle. »

Au cours des années suivantes, elle fait d’autres expériences dans le domaine de la foi. Dans une église pentecôtiste internationale, à Fribourg, elle apprend que le pasteur et d’autres collaborateurs rendent fréquemment visite à des détenus en prison. Voulant s’associer à cette tâche, elle se joint au groupe, à un ministère de l’église auprès des détenus : « La croix noire ». Dans la prison, elle prend clairement conscience que les criminels lui tiennent particulièrement à cœur : « Je peux maintenant voir ces personnes avec les yeux de Jésus. Qu’ils soient cambrioleurs de banque, assassins, ou dépendants de drogues, n’a aucune importance pour moi. « Elle éprouve même un grand amour pour eux. Et à la fois, elle se rend compte de ceci : un jour, elle risque de rencontrer l’assassin de sa fille. Cette pensée, soudain, ne l’effraie plus. Elle a rencontré cet homme brièvement, lors de deux audiences. La première fois, il a été condamné à une peine de prison de 13 ans. Le parquet trouve ce jugement trop clément. Lors de la deuxième audience, il est cette fois condamné à la prison à vie. Ursula Link réalise qu’elle aussi doit lui pardonner. 

La dernière rencontre

Début 2009, elle apprend que le coupable, gravement malade, a été transféré dans une clinique. Elle voit enfin une chance de le rencontrer. Le procureur, auquel elle expose son idée, se retire. Il craint que l’intention de cette mère soit de se venger. De même, l’épouse du coupable craint, elle aussi, cette rencontre qui a cependant bien lieu début février 2009. L’aumônier de prison, une assistante sociale et l’épouse du coupable y participent. Ursula Link tend la main à cet homme sur son lit de mort et lui annonce qu’elle lui a pardonné après avoir fait la connaissance de Jésus-Christ, qui lui a offert une vie nouvelle. Et elle lui déclare aussi que Dieu veut également lui pardonner, s’il confesse son péché.

De manière tout à fait inattendue, l’homme demande finalement à la mère dont il a assassiné la fille, de prier avec lui. Elle est poussée à faire avec lui une prière dans laquelle il confesse vouloir désormais suivre Jésus-Christ. Cet homme répète en effet cette prière. « Ce fut un moment rempli de sainteté », raconte Ursula Link. « La gloire de Dieu était perceptible dans toute la pièce. « L’assistante sociale présente est, elle aussi, tellement impressionnée par l’atmosphère qui règne dans la chambre, qu’elle formule à son tour la prière – et l’épouse de l’assassin également. Tous se donnent finalement la main et prient le Notre Père. 15 jours plus tard, cet homme meurt – en tant que pécheur gracié par Dieu. Ursula Link a vu combien la paix que Dieu donne, peut être réelle : « c’est prodigieux et merveilleux », déclare-t-elle. 

(Traduit du magazine allemand « Entscheidung » n° 2/2010

(Autorisation accordée à Dorothée Hatzakortzian)

 

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