HISTOIRES VECUES ETONNANTES

Ma belle-mère Charlotte serait-elle la cause de mon cancer ?

Ma belle-mère avait eu une attaque cérébrale.

Mon mari avait tellement été pris de compassion pour elle qu'il m’avait demandé de l'accueillir dans notre foyer. Après le séjour à l'hôpital, elle avait tout d'abord été placée dans un centre de rééducation.

Ensuite, nous nous étions mis à la recherche d'une maison de retraite appropriée, mais les frais dépassaient largement nos moyens financiers. Il ne nous était donc rien resté d'autre à faire que de mettre nos deux fils dans la même chambre et d'aménager l'autre pour elle..

J'étais particulièrement fâchée de cet "accroissement familial" survenant au moment où, après de longues années, j'avais enfin à nouveau du temps à ma disposition pour mes objectifs personnels.

Depuis la nouvelle année scolaire, nos deux fils étaient admis dans une école où ils pouvaient rester toute la journée. Je voulais maintenant reprendre et achever mes études universitaires afin de pouvoir enseigner plus tard. Cela m’aurait permis d’économiser en vue de la formation professionnelle de mes deux fils. Mais là, je me trouvais à nouveau rivée à la maison -et de surcroît- avec une tâche si peu réjouissante ! Mes amis et connaissances me donnaient de nombreux conseils, mais je remarquais que ces conseils étaient bon marché et que mes amis, eux-mêmes, étaient simplement heureux de ne pas avoir à résoudre ce problème.

Suite à ce nouvel engagement de ma part, et il s’agissait cette fois de ma présence permanente à la maison, nous avions perdu beaucoup de contacts avec les chrétiens de notre église et nous avions été obligés d’abandonner les tâches dont nous ne pouvions plus nous charger.

Remplie d'amertume à propos de cette nouvelle situation, je commençais à éviter de prier ou de lire la Bible. Je savais que Dieu avait promis de me donner précisément de l'amour là où je ne pouvais pas le prodiguer moi-même, mais je refusais d’aimer ma belle-mère.

Je m’étais alors surpris à accumuler et à stocker toutes les raisons que j’avais de m’irriter à cause de son comportement. Lorsque ma belle-mère me chargeait, par exemple, d'acheter des cadeaux pour ses amis, si je n'apportais pas exactement ce à quoi elle pensait, je devais le rapporter. D’autre part, elle n'était jamais satisfaite des repas que je lui servais et désirait toujours un repas particulier. De mauvaise humeur, elle refusait de mettre le casque lorsqu'elle écoutait la radio ou regardait la télévision. Comme elle entendait mal, le son résonnait dans toute la maison. Quand des amis venaient nous rendre visite, nous devions crier pour nous entendre ou nous retirer sur la terrasse.

Quand nos garçons jouaient avec leurs amis dans la salle de séjour, les plaintes et les critiques permanentes de Charlotte les agaçaient. Il ne leur avait pas fallu longtemps pour qu’ils perdent, eux aussi, tous leurs amis. Quand mon mari revenait à la maison après son travail, que j'étais occupée à préparer deux repas différents et qu’il se rendait dans la salle de séjour pour saluer sa mère, je pouvais entendre le rapport qu'elle lui faisait de mes insuffisances.

Si d’autres membres de la famille venaient nous rendre visite, elle se plaignait également auprès d'eux d’être mal traitée chez nous ; 90 % de ses histoires n'étaient que pure imagination. Il nous aurait fallu beaucoup de temps pour leur décrire la réalité des choses, mais dès nos premières tentatives, nous y avions renoncé. Aucune discussion, aucune explication ou prise de position, ne pouvaient ébranler son point de vue. Et moi, en attendant, je devenais chaque jour plus furieuse envers elle.

A la fin de la première année passée avec Charlotte, on me faisait l'ablation d'un sein (cancer). A la fin de la deuxième année, j’étais atteinte d'arthrite. Furieuse, je me révoltais. Pourquoi tout cela ? N'avais-je pas déjà assez de problèmes ainsi ?

A cette époque, une amie m’avait fait cadeau d'un livre dans lequel un médecin chrétien écrivait que le cancer pouvait être provoqué par le non pardon. Soucieuse, elle me mettait en garde : " J'ai l'impression que tu dois payer un bien grand prix pour ton dépit et ta colère envers ta belle-mère ".

Cette pensée ne m’avait plus quitté : le fait de ne pas pardonner, était-ce vraiment la cause de tous mes problèmes physiques ? J’avais tenu des monologues sans fin. J'essayais de me prouver qu’après tout, c’était moi qui avais raison et non Charlotte. Je voulais l'amener à ce qu'elle me présente ses excuses, mais c'était impensable. Charlotte était une femme qui ne présentait que rarement ses excuses à quelqu'un.
Puis il se produisit quelque chose qui bouleversa complètement la situation.

Un jour, alors que je me trouvais une fois de plus en train de préparer les repas –un pour elle et un pour nous-, et qu'elle faisait à nouveau une prédication sur mes péchés dans la salle à manger, j'ai éteint la plaque électrique et je me suis précipitée à l'extérieur de la maison pour échapper à ses paroles. J'étais sur le point de quitter la maison en toute hâte. Complètement bouleversée, je ne remarquais même pas que mon mari était lui aussi sorti et qu’il se trouvait maintenant à mes côtés ! Il m’a pris dans ses bras et m’a dit : " Je sais ce que tu es en train de subir. Il m'est difficile, à moi aussi, d’aimer ma mère après avoir assisté à tout cela." L'amour et la compréhension que j’ai vus dans ses yeux et sur son visage ont déversé comme un baume sur mon âme blessée. L'étreinte consolante de mon mari Lee m’a aidé à réaliser le nombre de fortifications que j'avais construites autour de moi. Ces murs faisaient obstacle à ma relation avec Dieu et aussi avec mon époux. Des larmes se sont alors mises à couler sur mon visage. J’ai enfin été à nouveau capable de prier, et j’ai immédiatement demandé pardon à Dieu.

Durant les jours qui ont suivi, Jésus m'a encore davantage ouvert les yeux et cela, d'une curieuse manière. Il me semblait que ma belle-mère, dans son fauteuil roulant, n'était plus la personne que j'avais connue auparavant. Je la voyais sous un nouveau jour. L'attaque cérébrale l’avait ramenée à l’état d’enfance. En fait, elle avait besoin que je lui serve de mère et que j’apprenne à m’opposer à elle avec fermeté et détermination ; je ne devais plus laisser le champ libre à son attitude excentrique. Durant les années qui ont succédé, j'ai appris que beaucoup de personnes âgées avaient besoin de quelqu'un jouant un rôle parental auprès d’eux. Si seulement on m’en avait informé auparavant ! Je me suis enfin rendue compte que l'amour ne consiste pas à laisser l'autre faire ce qu'il veut. Cela a été pour moi une grande découverte.

J’ai aussi réfléchi à ce que Charlotte avait dû endurer dans sa propre vie. A cette occasion, je constatais qu'elle avait ruiné sa santé en soignant sa mère pendant 24 ans, puis son mari durant des années. Devenue veuve, ma belle-mère s’était installée dans un bel appartement et se réjouissait de pouvoir maintenant entreprendre beaucoup de choses. Et c'est alors qu’une attaque cérébrale est survenue. Elle s’est donc soudainement trouvée à la merci d'une belle-fille envers qui elle n'avait pas beaucoup de sympathie, et de qui elle n’attendait pas vraiment grand-chose.

J’ai dû m'avouer avoir réagi exactement comme Job : " Ce que je crains, c'est ce qui m'arrive" (Job 3 : 25) Je m’étais laissée gagner par la panique et j’avais perdu la capacité de penser clairement. Tout cela m’avait encore enfoncée davantage dans une situation déjà complexe.

Je commençais à comprendre que la haine que nous éprouvions pour d'autres personnes, n'est pas seulement un péché, mais qu'elle nous détruit aussi nous-mêmes. Jésus, cependant nous promet le pardon si nous pardonnons.

Je savais désormais ce que j’avais à faire. Pendant des semaines, j’ai prié pour avoir la capacité de pardonner, sans toutefois obtenir de résultat visible. Je n’y comprenais plus rien. Désespérée, je me suis demandée où était mon erreur ? Me fallait-il prier pour avoir plus d'amour ? Cela m’a paru encore plus difficile que de demander de l’aide pour pouvoir pardonner.

Un jour, à un feu de signalisation, alors que j’attendais dans ma voiture, j’ai joint les mains et ai crié à Dieu : " Seigneur, il faut que tu m'aides à l'aimer. Seule, je n'y parviendrai pas ". A ce moment-là, j’ai tellement été remplie d'amour que c’était incompréhensible. Cette vague d’amour était si grande que je me demandais si les autres automobilistes pouvaient s’en apercevoir.

A partir de ce jour-là, ma vie est devenue plus facile. Même l'attitude de Charlotte m’a paru avoir changé. Celle-ci s’était décidée, le soir, à ne manger qu'un sandwich que même mes fils pouvaient lui préparer. Pendant ce temps, je pouvais faire cuire le repas principal pour notre famille. Elle me remerciait aussi quand je lui apportais des livres de la bibliothèque et n'écoutait plus la musique et la télévision qu'avec le casque. Elle s’est même mise à rire de mes joyeuses remarques. Lorsqu’un jour nous lui avons partagé la perte de mon sein, elle en a même été très affectée -un élan de cœur inattendu dont je n'avais encore jamais été témoin chez elle.

J’ai compris que la moitié des choses que les autres font et disent de moi, ne sont pas du tout aussi importantes que ce que j'en fais. Si je cesse de me cramponner aux souvenirs qui me tourmentent, et les remets à Dieu, ma vie devient beaucoup plus simple et mon cœur plus paisible.

ujourd'hui, je réalise ceci : Le problème de ma belle-mère "Charlotte" était en réalité et surtout en profondeur mon propre problème...

Jo Bradley Jackson

Extrait du magazine allemand "Entscheidung" 5/2003
(autorisation accordée à Dorothée Hatzakortzian)