HISTOIRES VECUES ETONNANTES

LE PARDON DE JEAN

Jean était un adolescent de treize ans, un petit gars honnête, doux, toujours prêt à rendre service aux autres. A l’école, il était un élève brillant, et dans l’Assemblée chrétienne qu’il fréquentait, tous pouvaient remarquer son sérieux et la profondeur de son attachement au Seigneur Jésus. Peut-être pensez-vous qu’avec de telles qualités, Jean devait avoir beaucoup d’amis ? Hélas ! Il n’en était rien. A l’école comme dans l’Assemblée, les adolescents de son âge l’évitaient. Plus le temps passait, et plus le fossé se creusait entre lui et eux.

Jean avait été gravement malade trois ans auparavant. Il avait eu un cancer du fémur, une terrible maladie qui avait entraîné l’amputation de sa jambe gauche, et un traitement très lourd de chimiothérapie.  Au cours de cette année de souffrances, Jean avait beaucoup mûri ; à l’âge de dix ans il raisonnait déjà comme un petit homme. Il avait donné son cœur au Seigneur Jésus, et lui avait demandé le pardon de ses péchés, et l’avait reçu comme son Sauveur. A la fin du traitement, on lui avait fixé une prothèse à la place de sa jambe, et la vie avait repris son cours à peu près normalement. Mais la grande maturité qu’il avait acquise, ainsi que l’estime que lui montraient les adultes, lui avaient peu à peu attiré la jalousie des enfants de son âge. Ils étaient repris dans leur conscience en voyant ce jeune garçon infirme qui ne se plaignait jamais et qui n’approuvait ni le mensonge, ni la tricherie, ni les plaisanteries malsaines.

Alors, si Jean dérangeait, on le lui faisait savoir… Et c’était une moquerie sur sa jambe artificielle par-ci, un refus de jouer avec lui par-là… Lors des sorties, les activités choisies par les autres étaient toujours celles que Jean ne pouvait pas pratiquer ; les randonnées, le foot, etc. Toutes ces méchancetés s’enfonçaient l’une après l’autre comme des clous dans le cœur meurtri de Jean.

Un jour où ses camarades avaient été particulièrement odieux, Jean se jeta sur son lit en pleurant : « O Seigneur Jésus, s’il te plaît, donne-moi une occasion de leur montrer que je les aime, afin que leur attitude envers moi puisse changer ! » s’écria-t-il. Le lendemain, une partie de pêche était organisée. Bruno le plus âgé des ados, et aussi le plus virulent envers Jean, avait amené Sophie, sa petite sœur de trois ans. Au cours de la matinée, alors que Jean surveillait ses deux cannes, Sophie s’approcha de lui et se pencha pour toucher les poissons recueillis dans la bourriche. « Attention, Sophie, ne te penche pas autant, tu vas tomber ! » s’exclama Jean.

Alors Bruno ricana : « Regardez-moi ce « Papi conseil ! » Il me rappelle mon arrière-grand-mère : Attention à ceci, attention à cela ! Arrête de jouer le « Monsieur-je-sais-tout ». On n’a pas besoin de tes recommandations. » A peine avait-il terminé sa phrase qu’un grand plouf retentit : Sophie était tombée à l’eau ! Les ados pétrifiés la regardaient s’éloigner de la berge en tentant de se maintenir à la surface. Aucun n’osait plonger dans cette eau froide et remplie de vase.

N’écoutant que son courage, Jean ôta promptement son survêtement et se mit à détacher les fixations de sa jambe artificielle. Quelques secondes plus tard, il était à l’eau et en cinq ou six brasses vigoureuses, avait rejoint Sophie qu’il attrapa par un pied afin qu’elle ne puisse pas le déstabiliser en se débattant. Avec un seul bras et une seule jambe, il entreprit de nager vers le bord tout en maintenant solidement le pied de la petite fille. Au bout de plusieurs minutes, il s’affala, exténué, sur la rive, pendant que plusieurs filles s’occupaient de Sophie.
 
Lorsqu’il se redressa, il n’en crut pas ses yeux : les ados silencieux avaient fait un cercle autour de lui. Bruno qui l’avait fait tant souffrir par ses moqueries et sa jalousie avait les yeux mouillés de larmes. « Pardonne-moi, Jean, j’ai été méchant envers toi depuis trois ans, et toi, aujourd’hui, tu as sauvé ma petite sœur de la noyade ! » Les autres ados, les uns après les autres enchaînèrent : « Pardonne-nous ! Nous t’avons fait du mal, et tu nous as rendu le bien ! Tu es meilleur que nous, Jean ! Nous voulons dorénavant être de bons camarades  pour toi ! »

Jean, sans avoir honte des larmes de joie qui coulaient sur ses joues, s’écria : « Oui, mes amis, je vous pardonne ! Je veux que vous sachiez que je vous aime tous et que je désire de tout mon cœur que nous devenions de bons amis. » Le soir, seul dans sa chambre, Jean remercia le Seigneur Jésus : « O Seigneur, je suis tellement heureux d’avoir pu te ressembler aujourd’hui, toi qui as pardonné à chacun d’entre nous ! Donne-moi, à l’avenir, de toujours pardonner à ceux qui me font du mal ! »